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  • Eliott Lawton

Être et Avoir




Ce sont les deux verbes les plus utilisés de la langue française et pourtant, il m’a fallu plusieurs décennies avant de me poser réellement la question de ce qu’ils représentaient et pourquoi ils sont si incontournables lorsque l’on emploie la langue de Molière.



Être est l’essence même de la création.


Affirmer “je suis”, c’est reconnaître ma propre manifestation et ce, avant même de chercher à définir ce que cela représente. L’être, c’est le point de départ de tout ce qui existe, c’est le départ de notre monde, la création à l’état pur.



Avoir, quant à lui, permet d’identifier et de différencier


Quand on parle de « ce que j’ai », on évoque souvent toute forme matérielle qui rencontre mon chemin de vie ou qui le définit. « J’ai un corps, une maison, une émotion »… C’est en réalité un moyen de déterminer ce qui est incarné dans la matière et qui est en relation avec notre être. Ce que l’on a se rapporte également à la notion de propriété. Tout ce que j’ai est en réalité ce dont je dispose.


Dans la vie de tous les jours, faire la différence entre “qui je suis” et “ce que j’ai” est, de mon point de vue, fondamental. Mon identité, c’est la vie que je me forge jour après jour. C’est ce qui d’un côté me définit par le non palpable et d’un autre ce qui est indéfinissable de par sa nature.



Nous sommes tou.te.s différent.e.s et si l’on devait utiliser des mots pour définir qui nous sommes en tant qu’individu, personne ne parlerait la même langue.


Avoir nous permet d’évoluer dans ce monde, dans cette société. J’ai souvent autour de moi entendu une peur de se définir par ce que nous avons. Il me semble important de ne pas se voir à travers ce que nous avons mais plutôt depuis qui nous sommes : je ne suis pas mon travail, ma maison, ma voiture…


Certaines pratiques ancestrales considèrent même que pour se délier de l’avoir et lui donner sa juste place, il est nécessaire de ne pas s’accrocher à la manière dont on se définit. Ainsi, on pourrait s’entendre dire « je ne suis pas mon prénom », « je n’ai pas mon âge », « je n’ai pas les yeux bleus ». Cette démarche a pour but de faire la différence entre la langue que nous utilisons, composée d’un nombre limité de mots, et ce qu’ils cherchent à définir.


Chaque mot d’une langue quelconque est en réalité un concept qui permet d’identifier ce qui est défini par rapprochement à d’autres exemples similaires. Si je veux être exact, lorsque je dis que cette personne est blonde, j’attribue alors à ses cheveux la couleur de référence générique qu’est le blond. Il existe des millions de personnes blondes dans le monde et pourtant il n’y a pas un blond de référence. La notion de « blond » est une sorte de territoire dans lequel chacun peut rencontrer l’autre. Cette notion reste tout de même abstraite et propre à chacun.e. Il est certain que si l’on demandait de définir le blond avec la codification des couleurs de l’arc-en-ciel, nous aurions une multitude de réponses.


Pourtant le langage permet de faire le pont entre le fait que nous ayons tou.te.s une perception propre de ce que nous voyons et le fait que quand nous utilisons un mot, ce dernier nous permet de relier ces deux perceptions pour pouvoir échanger collectivement autour de visions personnelles.




La philosophie chinoise de l’être et de l’avoir : quel lien avec le Tantra ?


Le Tao Te King ou livre de la voie et de la vertu, écrit par Lao Tseu, est un livre chinois datant de presque 3000 ans. Il est l’ouvrage de référence de la pensée Taoïste rassemblant des poèmes définissant cette dernière. La profondeur de cet ouvrage est telle qu’il a traversé les âges. Encore aujourd’hui il ouvre la voie à celles et ceux qui l’intègrent, vers une différenciation entre qui je suis et ce qui me définit, me permettant ainsi de saisir la véritable essence de l’être et de l’avoir.


La toute première phrase de ce livre est la suivante : Le Tao qu’on tente de saisir n’est pas le Tao lui-même, le nom qu’on veut lui donner n’est pas son nom adéquat. (Version traduite par Liou Kia-hway collection folio 2002).


Ici, tout est dit.


Ce que je reçois de cet enseignement est que : bien que je me définisse comme Eliott, je ne suis pas le prénom que l’on me donne, ni la vision que l’on a de moi. Tout ce qui tente de me définir est en réalité une image de moi. Décoller ce que l’on définit de ce qui est défini permet de ne plus croire aux histoires que l’on se raconte et de laisser la place au vide de l’indéfinissable. C’est à cet endroit précis que la pensée taoïste rejoint la philosophie tantrique et que l’être peut apparaître. C’est lorsque je ne sais plus ce que j’ai que je peux commencer à voir qui je suis.


Le tantra nous enseigne que l’expérience de la totalité résulte en la vision de ce qui est et de ce qui n’est pas. Ainsi, le Tao est en même temps ce qui le définit et ce qui ne le définit pas, permettant de saisir la limite entre les deux. D’un autre côté, la vision même du Tao ajoute à cette définition une autre dimension. Elle permet d’épurer le superflu en distinguant l’essence du reste. Ainsi, la définition du Tao n’est rien d’autre que « ce qui définit le Tao » et le Tao peut être juste « Tao ».


Pour se découvrir, il est nécessaire d’enlever les couvertures de protection que nous portons au quotidien. D’ailleurs tout est dans le mot lui-même : dé-couvrir. A travers cet article je t’ai proposé de me rejoindre sur ce chemin de vide et de simplicité. Si cela t’a parlé, n’hésite pas à me faire un retour de ta propre vision en commentaire de ce texte.


Avec Amour et simplicité


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